Propédeutique : ce que c’est, et en quoi c’est utile

La propédeutique, vous n’en avez peut-être jamais entendu parler. Pourtant, elle nous concerne tous dans l’apprentissage des choses et en particulier des langues. Ce qui est propédeutique va faciliter l’apprentissage. Cela s’applique généralement au savoir propédeutique : ce que vous savez déjà dans un domaine, et qui va vous aider à y élargir vos connaissances, ou bien à accéder à un domaine différent.

Exemples : pouvoir faire du vélo présente une certaine valeur propédeutique pour l’apprentissage de la conduite d’une moto. Si vous avez été l’aîné d’une famille nombreuse, vous avez sûrement des compétences en puériculture. Si vous pouvez lire l’alphabet cyrillique, vous pouvez déchiffrer un peu de l’alphabet grec et vice-versa.

Dans cet article, je vais parler du savoir propédeutique dans les langues, et en explorer deux visions : pourquoi c’est important pour juger de la difficulté d’une langue, et pourquoi l’Espéranto a une grande valeur propédeutique pour l’apprentissage des autres langues… mais pas si grande que ça.


Difficulté absolue et difficulté relative : juger de la complexité d’une langue

« Dis, c’est dur à apprendre, l’allemand ? » Ou le russe, ou l’espagnol ou n’importe quelle autre langue…

Toute personne impliquée dans les langues entend cette question très souvent. Et cette personne, si tant est qu’elle dispose d’un niveau d’intelligence normal, répondra généralement : « ça dépend du point de vue« .

Les langues ont toutes une difficulté dans l’absolu, et quoiqu’elle ne soit pas mesurable, on peut l’approximer.

Objectivement, le mandarin n’est pas très difficile car cette langue n’a pas de déclinaison et sa grammaire est plutôt régulière. D’un autre côté, les langues chinoises* ont un des systèmes d’écriture les plus compliqués au monde (d’aucuns diront que c’est le Japonais mais, à mon avis, les langues chinoises sont pires).

Objectivement, le swahili est en revanche un example de langue compliquée dans l’absolu : au lieu de ce que la plupart des langues européennes appellent des genres (il y en a trois au maximum : masculin, féminin et neutre, seulement deux dans les langues romanes comme le français), le swahili a un quasi-équivalent qu’on appelle des classes nominales ; elles sont au nombre de dix-huit et elles obéissent à un système d’accord complexe.

Attention, je n’ai parlé que de deux aspects de deux langues ; donner une opinion appropriée sur la difficulté d’une langue nécessite de la connaître en profondeur, du moins en théorie. Et cela demande plus que de simplement détourer ses paradigmes comme je viens de le faire.

Vous êtes peut-être en train de vous dire « et les tons dans les langues chinoises, alors ? Ça, c’est compliqué ! » …Et je réponds non. En réalité, les tons sont plutôt faciles, sans parler de l’économie en syllabes qu’ils causent. Si vous les considérez comme difficiles, vous n’avez pas tort, mais il s’agit de difficulté relative. Ils sont difficiles à appréhender pour les Européens car ceux-ci n’ont pas les valeurs propédeutiques pour en avoir une compréhension spontanée**. C’est un tout nouveau concept pour eux et il faut qu’ils prennent le temps de s’y habituer avant d’envisager pouvoir les apprendre. Par exemple, une personne vietnamienne n’aura pas autant de difficulté à apprendre les tons du Mandarin parce qu’il y en a aussi dans sa langue maternelle.

Revenons-en à la question initiale : « est-ce que l’Allemand est difficile à apprendre ?« . Vous dites « ça dépend du point de vue« . Bon début. À ce stade, vous avez deux choix : la réponse facile est la suivante :

Il y a des successions de consonnes assez compliquées, le pluriel est souvent irrégulier et les déclinaisons sont ch—tes, mais à part ça, ce n’est pas super compliqué ; les conjugaisons sont assez simples et on peut souvent coller des mots entre eux pour en former d’autres, ce qui est bien pratique.

Mais je ne suis pas là pour parler de la réponse facile. La véritable réponse, que vous devez fournir en tant qu’être humain responsable et sensible au savoir, est celle-ci :

Ça dépend du point de vue, mais pour un natif de langue française, il y a certaines choses qui posent problème au début. Prononcer correctement demandera pas mal de pratique. Il y a un troisième genre, le neutre, les pluriels ont de nombreuses formes, et les déclinaisons demandent beaucoup d’entraînement à maîtriser. Les conjugaisons sont simples mais elles diffèrent énormément du français, donc il faut les exercer longtemps aussi avant de les connaître spontanément. Par contre, connaître l’anglais aide beaucoup à apprendre l’allemand. Pas mal de mots sont communs et on retrouve de nombreux traits grammaticaux similaires ; les conjugaisons marchent quasiment de la même façon par exemple.

Propédeutique.

Ce célèbre mot allemand (qui est le nom quasi-autodérisoire d’une loi) a les apparences d’un mot compliqué ; pourtant, c’est juste un mot composé. Avec des espaces, ça serait simplement une phrase faite de noms.

La complexité relative d’une langue – celle qui dépend de la propédeutique, donc – peut être largement schématisée par les familles de langues. Si vous comprenez spontanénent la plus grande partie d’un texte écrit en espagnol, en portugais ou en italien, c’est parce que ces langues appartiennent à la même famille que le français : les langues romanes. En connaître une est une très bonne clé propédeutique vers les autres ; pour cette raison, ces trois langues sont parmi les plus simples à apprendre pour un francophone***. Le roumain compte car c’est aussi une langue romane, mais ce n’est pas un aussi bon exemple car la langue a évolué depuis le Latin dans une direction très différente des autres langues de cette famille, la rendant plus complexe pour un francophone.

Oui, elles sont partout…

La propédeutique peut traverser la barrière des familles : connaître le français est par exemple la meilleure clé propédeutique parmi les langues romanes pour apprendre l’anglais, car cette dernière lui a emprunté énormément de vocabulaire. La propédeutique dans la connaissance d’une langue peut s’étaler dans tout le spectre d’une super-famille****). On sera surpris par exemple que le mot en Persan (la langue officielle iranienne) pour « fille » soit extrêmement proche du mot anglais : « dokhtar » (دختر) /doxˈtʰæɾ/, « daughter » /ˈdɔ.təɹ/.

La plupart des gens ne réalisent pas combien la langue maternelle d’une personne influence son esprit. Et pour cette raison, ils ne font pas la différence entre la difficulté absolue et la difficulté relative d’une langue, se reposant sur des acquis qu’ils considèrent – pas forcément consciemment, je peux en témoigner – comme universaux. S’il vous plaît, faites la différence. Après des années de plongée autodidactique dans le monde de la linguistique, je me découvre encore parfois cette tare. Faites le premier pas pour vous en débarrasser : soyez-en conscient.

Quelques notes et puis je passerai à la deuxième section de l’article.


* Je parle de langues chinoises car il n’existe pas une langue chinoise ; il existe le mandarin, le cantonais, le wu, etc… Et encore, celles-ci sont des groupes de dialectes parfois légèrement dissemblables les uns par rapport aux autres. Par ailleurs, il existe d’autres langues en Chine que celles de la famille sino-tibétaine, mais je les ai exclues de ma démonstration, toutes n’étant pas tonales.

** En réalité, il existe une poignée de langues d’Europe qui utilisent des tons : le Lituanien et le Letton ont font un usage extensif, mais on peut aussi compter le Slovène, le Serbo-croate et même le Suédois et le Norvégien dans une certaine mesure. Mais les tons des langues européennes préparent bien mal à l’usage primordial que les langues asiatiques peuvent en faire.

*** Si on y combine la complexité absolue, on découvrira par ailleurs que c’est l’italien la plus facile de toute.

**** Une super-famille est un groupe de familles. La super-famille indo-européenne est la plus importante : elle compte entre autres les langues romanes, germaniques et slaves.


La valeur propédeutique de l’Espéranto

Quand j’ai découvert le terme « propédeutique » pour la première fois, c’était dans un article défendant combien l’Espéranto l’était.

Le fait est que la propédeutique est symétrique quand il s’agit de langues préexistantes, brassées par des millénaires d’évolution et d’échanges. Quand un Français apprend l’anglais, il amasse autant de valeurs propédeutiques qu’un Anglais apprenant le français parce que les débouchés sont énormes des deux côtés : portugais, espagnol, italien et roumain d’un côté, et néerlandais, norvégien, suédois, danois et islandais de l’autre*.

Apprendre l’Espéranto confère certes des connaissances propédeutiques, mais de manière asymétrique. L’Espéranto se veut une langue neutre mais 70% de son vocabulaire vient du latin et de ses descendants (tiens, la même proportion que l’anglais), 20% des langues germaniques et 10% seulement d’autres langues comme la famille slave ou le grec. En outre, sa grammaire est plus que largement inspirée des langues romanes (si cela se mesurait, je suis confiant qu’on dépasserait de loin la barre des 70%)**.

Ainsi, un Anglais (ou n’importe quel locuteur dont la langue maternelle ne soit ni le portugais, ni l’espagnol, ni le français ni le roumain) apprenant l’Espéranto bénéficie énormément de la propédeutique espérantophone, car cela lui ouvre grand la porte des langues romanes. Mais un locuteur des langues précitées ? Lui, il n’y gagne rien. Ou si peu…

Et encore, je ne parle que du vocabulaire jusqu’à présent. Parce que le vocabulaire est un impondérable dans une langue : pour pouvoir transmettre un maximum de notions, on ne peut pas faire sans plusieurs milliers de racines nominales. L’Espéranto en a réduit le nombre au maximum (moins de dix mille apparemment, mais les chiffres sont timides sur Google – si cela vous semble énorme, dites-vous qu’une langue comme le français en compte des centaines de milliers). Réduire encore plus le nombre de racines (à cent vingt comme avec l’utopique Toki Pona par exemple) condamne la langue à être minimaliste et à ne pas pouvoir exprimer une proportion convenable de ce qu’une langue naturelle peut exprimer normalement. Avec un nombre de racines intermédiaire – mettons deux mille -, on pourrait y parvenir mais les ambiguïtés seraient encore énormes.

Parce que, ainsi que je le disais, la grammaire est plus que largement inspirée des langues romanes. Un locuteur d’une de ces langues peut la maîtriser en théorie en un seul jour, et cela lui apporte très peu de valeurs propédeutiques. Mais la grammaire est presque aussi simple pour un natif de langue anglaise par exemple, car l’Espéranto a poussé si loin sa simplicité absolue qu’une telle personne peut en saisir les concepts aisément sans avoir à parler une langue romane. En conséquence : valeur propédeutique quasi-nulle pour elle.

Un mot sur la prononciation : là aussi, elle est trop simple pour vraiment aider. Un Français va y découvrir le son /ɾ/ qui est présent dans toutes les autres grandes langues romanes, à moins qu’il soit fainéant et utilise le /ʁ/ de sa langue maternelle.

Concrètement et en guise de conclusion : l’Espéranto confère moins de valeurs propédeutiques que n’importe quelle autre langue préexistante. Là où il en donne le plus, c’est à un locuteur d’une langue non-romane au niveau du vocabulaire ; pour une telle personne, l’Espéranto est effectivement une très bonne clé vers le Français et l’Italien en particulier. Les gens qui vantent les valeurs propédeutiques de l’Espéranto ont par contre une bonne raison de le faire : elles sont très rentables au regard de ce qu’on doit apprendre en échange. Mais encore une fois, beaucoup moins pour les locuteurs de langues romanes.


* Je ne compte que les langues « nationales » mais on peut tout aussi bien compter le romanche ou le sicilien du côté roman que le féroïen du côté germanique, entre (beaucoup d’) autres.

** Il est amusant de constater l’asymétrie de l’Espéranto d’une toute autre manière que celle que j’énonce ci-dessus : il n’y a personne dont l’Espéranto soit la seule langue maternelle. Oui, il y a des espérantophones natifs, mais ils sont toujours au moins bilingues. En conséquence, les locuteurs de cette langue auxiliaire sont des gens qui y sont entrés, mais très peu qui y sont dès leur naissance – a fortiori, encore moins en sortent. Une langue à sens unique ! Espérons qu’elle n’est pas sans issue…


Vwalà, j’espère que vous aurez pu apprendre des choses ou tout du moins que vous avez apprécié mon analyse de la chose. Honnêtement, cela fait du bien de se remettre à ce blog ! 🙂

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Renaissance du blog

Hey bonjour salut ça va bien merci et vous.

Vous vous souvenez de moi ? Je n’ai rien publié ici depuis plus d’un an, alors il serait normal que vous m’ayez oublié. Sur ce blog, je parlais surtout de Wikipédia, et puis je me suis mis à publier des trucs sur l’apprentissage des langues. Bref, ça partait dans tous les sens alors j’ai cessé de blogger… Du moins ici.

Depuis l’été 2014, je blogge régulièrement sur mon deuxième site, Septième Art et demihttps://septiemeartetdemi.com/ (bon, d’accord, il ne s’appelle comme ça que depuis deux mois). C’est un blog de critiques cinéma qui concilie parfaitement mes passions pour le septième art et l’écriture.

Et puis un échange de liens m’a été proposé avec le site Preply au sujet de ce blog-ci. Cela m’a donné envie de le reprendre. Alors boum, petites révisions graphiques et me revoilà. Cela explique la présence du lien vers le site dans la barre latérale. N’hésitez pas à y jeter un coup d’oeil.

Preply,_logo

Clarifications ce blog parlait de Wikipédia avant tout. Ce ne sera plus le cas. Néanmoins, je ne vais rien supprimer. De ce fait, les soixante-dix-sept articles que j’ai publiés sur le sujet demeureront. Je destine maintenant le site à des sujets plus éclectiques mais il sera très certainement porté sur l’apprentissage des langues et la linguistique en général. Une autre différence avec Septième Art et demi, c’est le ton plus personnel, plus bloguesque, que je vais continuer d’employer ici.

Aux abonnés, en particulier les Wikipédiens, je vous l’annonce en clair : Wikipédia n’est plus mon sujet principal. Vous avez été informé sur votre page de discussion de la publication de cet article. Vous n’avez besoin de rien faire car c’est la dernière fois que j’utilise mon robot sur Wikipédia pour notifier mes abonnés.

Par ailleurs, je vais demander mon retrait de Planet. A moins qu’on ne tienne vraiment à me garder, je crois que c’est la chose à faire.

Si vous êtes abonné sur Wikipédia et que vous voulez rester abonné, vous devrez utiliser l’abonnement WordPress (il y a un bouton dans la barre latérale). A la fin de la journée, le script de notification aura été supprimé, tout comme les pages d’abonnement sur Wikipédia.

En résumé : renaissance, changement de thème… Si tout se passe bien, le blog va se réactiver. Merci de votre lecture et merci doublement aux abonnés pour leur fidélité !

Phonétique et phonologie

J’ai récemment employé le temps passé sous la douche pour réfléchir aux aspects à la fois littéraires et scientifiques du « polyglottisme ». C’est fou à quel point on peut arriver, dans ces moments là, à de grandes conclusions sur l’entremêlement de ces deux spécialisations apparemment opposées au sein d’un seul domaine : les langues.

Le (sham)poing de départ

Mes pensées ont cheminé en partant d’une particularité : l’accent des polyglottes. C’est moi qui l’ai nommé ainsi faute de mieux. Et ce que je désigne par là, c’est l’étrange prononciation des personnes qui sont excellentes en langues et qui, bien souvent, en parlent plein.

Sur Internet, les vidéos pullulent où des gens parlent jusqu’à 10 langues et fascinent / se font admirer. Et quand la personne en vient à parler dans la langue qu’on connait – le français, en l’occurrence -, on réalise combien elle a une maîtrise profonde et très exercée de la grammaire et des idiomes. Mais quelque chose cloche dans la prononciation. Qu’est-ce ? On ne saurait parler d’accent, on pourrait encore moins en situer l’origine. C’est parfait, sauf que….sauf que quoi ?

C’est ce que j’appelle l’accent des polyglottes : le résidu de la langue maternelle lorsqu’un polyglotte parle et prononce une autre langue. J’ai alors distraitement remis du gel douche sur mon gant toilette et me suis dit : comment expliquer ce pxchgnwa tellement microscopique dans la prononciation qu’il est indescriptible ? Pourquoi les personnes les plus aptes à apprendre d’autres langues en sont-elles victimes ?

Déo et débats

Le titre de ce paragraphe est © Orikrin Ywench, 2016. Merci de votre compréhension.

J’ai alors pensé à mon propre cas : je parle anglais correctement, mais mon accent est plutôt…étrange. Américain de base, il a sûrement une pointe de françaiseté, mais j’ai fait l’effort d’adopter l’accent britannique. Sans en avoir fait l’expérience, je pense pouvoir duper les gens quand à ma langue maternelle, sans qu’ils puissent déterminer de quelle région anglophone je suis originaire. En gros, je pense avoir l’accent des polyglottes en anglais. Mes chevilles vont bien, merci pour votre considération.

Ayant réalisé que l’accent des polyglottes s’appliquait à moi, il m’a été plus facile de déterminer son origine. Et soudain m’écrié-je εὕρηκα (ça veut dire « eurêka » en grec ancien).

Encore un effort, j’essuie presque

Ce que j’avais finalement réalisé, c’était lié à une nuance que j’ai faite tout récemment entre phonologie et phonétique. Je sais depuis longtemps que ce n’est pas la même chose mais je ne me suis imprégné des différences que la semaine dernière. La phonologie étudie l’organisation des sons, indépendamment de l’usage qui en est fait, tandis que la phonétique s’intéresse aux sons eux-mêmes et à leur emploi.

Par exemple, le mot français « endurer » est noté /ɑ̃.dy.ʁe/ en phonologie. On remarque la séparation graphique des syllabes par un point, et on reconnait facilement chaque son. En phonétique à proprement parler, on note le mot [ɒ̃d̪yˈʁe]. La séparation syllabique disparaît au profit d’une précision supplémentaire rapport à la prononciation du son « an », on indique que le D est dental (ce qui différencie le français de la plupart des langues, chose que le phonologue amateur ne saura jamais) et on indique même l’accent tonique final (oxyton) qu’on croirait absent de la langue de Molière.

L’accent des polyglottes tel que je le détaille est en fait rarement noté phonologiquement. C’est une nuance telle qu’on la verra seulement en phonétique. Une personne parfaitement bilingue avec le français en seconde langue prononcera donc le mot /ɑ̃.dy.ʁe/, mais pas [ɒ̃d̪yˈʁe]. Quand on perçoit l’accent des polyglottes, on ne sait pas dire ce qu’on entend précisément, car ce sont des différences minimes.

Attention, je ne nie pas pour autant qu’il existe des bilingues qui prononcent leur seconde langue 100% correctement, mais c’est extrêmement rare. Je ne pense pas y arriver moi-même en anglais.

J’en arrive donc au point qui me tient le plus à cœur ici : les langues sont un domaine au carrefour entre science et monde littéraire. Le polyglotte est sur le versant littéraire car il apprend grammaire et orthographe, s’aidant potentiellement de la notation phonologique. Le linguiste est un scientifique car il s’intéresse à l’étude du langage, pas à sa maîtrise, mais lui emploie la phonétique. J’aimerais bien connaître le nombre de linguistes polyglottes qu’il existe sur Terre. Une discipline double qui nécessite la maîtrise de deux secteurs qu’on oppose généralement au bac : littéraire ou scientifique ?

Quant à moi, je pense plutôt donner dans le littéraire…

 

J’espère que vous avez apprécié mon analyse, et m’excuse humblement de n’avoir pas su trouver d’épongeu de mots. Mais quand j’en trouve un, sous le coup de l’émulsion j’ai souvent du mal à le laisser tomber.

Utiliser la mémoire à court terme comme bloc-notes

Vous devez absolument retenir une ou plusieurs choses importantes, et vous n’avez pas de de crayon ? De carnet ? Ou les deux ? Erreur ! Tout est dans votre tête. Voici un petit guide sur ma façon d’utiliser la mémoire à court terme comme bloc-notes.

La mémoire

Il y a deux types de mémoire : la mémoire à long terme et la mémoire à court terme. La première est celle qui contient les souvenirs et vous permet de vous rappeler entre autres les phrases qui vont ont marqué ou bien les grands évènements de votre vie. La seconde est celle qui traite les informations peu importantes ou celles dont vous n’aurez bientôt plus besoin. Par exemple, quel est le câble d’alimentation de votre grille-pain dans ce foutoir de câbles ? Vous avez besoin de le savoir une fois tous les six mois, vous l’aurez donc de nouveau oublié dans la semaine si vous avez une mémoire dans la norme.

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Exploiter la mémoire courte

La survie des informations dans la mémoire à court terme dépend de leur importance. Une information peut durer plusieurs jours, mais on estime qu’un élément bénin ne survit que 18 secondes si on ne fait pas l’effort de s’y attacher.

S’attacher à une information, c’est se concentrer dessus et s’assurer régulièrement que vous l’avez toujours à l’esprit. C’est beaucoup plus efficace si vous n’êtes pas potentiellement distrait par votre environnement. En théorie, vous pouvez garder n’importe quoi dans la mémoire à court terme tant que vous avez la capacité de vous concentrer. Mais je vous préviens, c’est une concentration de tous les instants, très usante.

Un seul élément

Imaginons que vous deviez vous souvenir absolument de « nettoyer la litière du chat« . Retenez « litière » et répétez-le vous en esprit (à haute voix, ça peut aider aussi). Une fois que vous aurez le temps de vous en occuper, votre cerveau fera automatiquement le lien entre « litière » et « nettoyer la litière du chat » (un phénomène que je vais appeler « compression » par facilité). Il y a peu de chances que vous vous disiez soudain : « mais à quoi devais-je penser à propos de cette litière ? » (une des beautés de l’esprit humain).

Plusieurs éléments

Là où ce système est magnifique, c’est dans la nécessité de retenir plusieurs choses en même temps. Voyez votre cerveau comme un ordinateur.

Imaginons que vous deviez vous souvenir de « nettoyer la litière du chat, appeler le plombier, vérifier votre compte en banque, vous documenter sur l’effet du magnésium sur l’humeur et changer l’ampoule du salon« .

Pour retenir tout ça, il faut « convertir »  chaque information en quelque chose que la mémoire courte puisse traiter. Commençons par réduire chaque information par le mot-clé de chacune : le format « texte ».

« Litière, plombier, banque, magnésium, ampoule »

C’est déjà mieux. Notez que l’information « magnésium » n’a pas besoin de tous ces détails. Par compression, le cerveau fera automatiquement le lien entre « magnésium » et l’étude que vous vouliez en faire des effets sur l’humeur.

Si c’est encore trop long ainsi, prenez les initiales.

« LPBMA »

Voilà de quoi satisfaire votre mémoire courte. Répétez-vous ces lettres régulièrement et vous devriez vous souvenir de tout, à condition d’avoir bien fait le lien, en esprit, entre la lettre et ce que vous vouliez retenir (chose que le cerveau facilite tout seul). Vous pouvez changer l’ordre des lettres comme ça vous arrange, mais pas trop souvent, ou bien vous oublierez tout.

Autres formats

J’entre là dans ma façon personnelle de faire. Tout comme je ne connais pas vos limites mémorielles, je ne connais pas votre façon de retenir les choses. Je parle donc ici à titre personnel.

Image – On a vu ici le format « texte ». Mais pour les longues listes, vous pouvez aussi utiliser le format « image ». Il suffit de remplacer, par exemple, l’information « changer l’ampoule du salon » par une image d’ampoule. La variation facilite la mémorisation, mais l’image est plus lourde pour la mémoire courte que le texte.

Tiroir – Un autre format que j’utilise est le « tiroir ». Il suffit que vous gardiez en tête qu’une information est liée à une autre. Par exemple, vous pouvez retenir à la fois « changer l’ampoule du salon » et « racheter des ampoules » si, à l’évocation du libellé « ampoule », vous restez conscient que cela signifie deux choses

Évocation – Le dernier format est le plus fascinant. Je l’utilise pour les longues listes, au moment où je commence de me dire « ça fait trop ! Jamais je ne retiendrai tout ça ! ». Quand vous récitez votre liste de choses à retenir, ajoutez à la fin « et trois autres choses ». Grâce à la magie du cerveau, vous serez surpris de voir que vous vous souvenez de ces trois autres choses sans leur avoir accordé plus d’importance ! Mais si vous débutez dans la mnémotechnie, je vous conseille d’éviter ce système dans un premier temps.

Autres aspects

Ce système marche la nuit, quand vous récitez une liste en vous couchant. Il suffit ensuite d’y repenser dès le lever. Vous connaissez mieux votre esprit que moi, à vous de voir s’il vous rappelle tout seul au contenu de votre mémoire courte.

Notez que je vous conseille tout de même de noter votre liste le plus vite possible sur un vrai bout de papier.

J’ai décidé d’écrire cet article après avoir retenu pendant deux heures une liste de onze petites choses à faire, dont l’une était d’écrire cet article !

L’accusatif enfin expliqué clairement

Je vais ici dédiaboliser quelque chose qui m’a coûté beaucoup d’énergie rien qu’à le comprendre : l’accusatif.

La base

Pour comprendre l’accusatif, il faut comprendre le COD (Complément d’Objet Direct). Il s’agit de l’élément syntaxique qui suit directement le verbe.

Je mange le chat

Ici, le chat suit directement le verbe manger, le chat est donc le COD et se mettrait à l’accusatif dans une langue comme l’allemand. C’est un exemple très simple, mais ne l’appliquez pas pour de vrai. C’est mignon, un chat.

Ne pas confondre

Attention, on l’appelle direct pour une bonne raison : le COD ne peut pas être séparé du verbe par une préposition.

Je parle au chat

« Au », comme chacun sait, est la contraction de « à le ». Je parle donc « à » quelque chose. Cela ne peut pas être le COD. Si vous voulez tout savoir, il s’agit ici d’un COI (Complément d’Objet Indirect) qui applique le datif et non l’accusatif.

Le méchant verbe « être »

L’exception la plus importante à l’accusatif, c’est que le verbe être ne peut pas avoir de COD.

Je suis un chat

En plus, c’est un mensonge. Je suis humain, hélas.

Cas supplémentaires

En plus de tout ce qu’on vient de voir, il existe certains cas, différents selon les langues, qui sont forcément suivis de l’accusatif. Par exemple, les prépositions durch, gegen, ohne, um, für, wider sont toujours suivies de l’accusatif en allemand, même s’il n’y pas de verbe être dans le coin.

 

Voilà, c’est tout. J’espère que ça vous aura été utile !

Les études

C’est quand même marrant, les études.

Quand on commence, on apprend l’alphabet, et on finit par faire des études de lettres…

 

A bas l’accent tonique en russe !

Etudiants du russe ! Polyglottes et linguistes en herbe et de tous poils ! Unissons-nous et révoltons-nous !

Je viens de lire ceci. Et j’en suis ébouriffé d’impuissante frustration, par bonheur dégoûté. La pravda a éclaté, il se trouve qu’on n’a pas besoin d’apprendre le russe en se disant qu’il faut retenir la place de l’accent tonique par cœur dans chaque mot sous peine de le mal prononcer. L’article précise que les méthodes pour apprendre le russe de par le monde sont celles qui parlent le plus de  ce fameux accent tonique, alors que les enfants russes n’en voient souvent même pas la trace.

L’accent tonique n’est en fait pas du tout la règle grammaticale sine qua non sans laquelle le russe que vous parlez peut vous conduire sur le bûcher. Ça, c’est ce que l’apprentissage occidental de la langue cherche à faire croire. Je l’ai cru, et à partir d’aujourd’hui j’ai décidé de ne plus jamais écrire быстро avec un accent sur le ы. Comme pour tous les autres mots de plus de deux syllabes. Car je peux faire sans. J’ai fait avec jusqu’ici, me décourageant de ce détail qui rendait le russe plus difficile encore, et je dois maintenant me défaire d’un automatisme que j’ai acquis qui ne m’est pas utile. Ne faites pas la même erreur.